Portrait

Yolande Elebe, femme de lettres et bâtisseuse de patrimoine

Écrivaine et présidente des Femmes de lettres du Congo, Yolande Elebe Ma Ndembo connaissait le patrimoine avant d’en avoir la charge. À la tête du ministère de la Culture de la République Démocratique du Congo, elle le traduit aujourd’hui en chantiers concrets.

Avant les fonctions et les dossiers, il y a l’écriture. Yolande Elebe Ma Ndembo est écrivaine et poétesse, autrice de plusieurs ouvrages, dont Le Bictari, paru en 2015. Journaliste de formation, elle a commencé sa carrière en 1991 à Johannesburg, à la radio-télévision sud-africaine, d’abord comme archiviste, puis comme journaliste bilingue. Les lettres ne sont pas pour elle un décor de circonstance. C’est un métier qu’elle exerce.

Ce métier, elle l’a aussi mis au service des autres. À la présidence des Femmes de lettres du Congo, elle a porté la voix des écrivaines dans un milieu où on l’entend rarement. Son parcours épouse d’ailleurs celui du secteur culturel congolais : le Collectif des artistes et culturels, le dossier Ville créative de l’UNESCO pour Kinshasa, la Commission nationale de la rumba, où elle a milité pour l’inscription de la rumba au patrimoine de l’humanité.

Elle n’est pas arrivée à la Culture. Elle en venait.

C’est la différence qui compte. Lorsqu’elle prend la tête du ministère de la Culture, Arts et Patrimoine en juin 2024, les opérateurs culturels saluent l’arrivée d’une des leurs plutôt qu’une nomination protocolaire. Elle connaît le terrain parce qu’elle en vient, et parce qu’elle a longtemps réclamé, du dehors, ce qu’elle est désormais en position de construire.

Le construire, justement. Depuis sa prise de fonctions, plusieurs chantiers ont avancé, loin des annonces sans lendemain : l’adoption d’une politique culturelle nationale, la reconnaissance juridique du statut de l’artiste, le lancement d’une couverture santé destinée aux créateurs. À Kinshasa, elle a engagé la réhabilitation progressive des institutions culturelles publiques, la Bibliothèque nationale, les Archives nationales, le Théâtre Mongita, le centre culturel Le Zoo, qu’elle est allée inspecter elle-même en juin 2026. Des murs, des toits, des livres à protéger. Le patrimoine n’est pas qu’un discours, il a besoin de bâtiments qui tiennent debout.

Le même printemps, ce patrimoine s’est aussi exporté. En mai 2026, elle a inauguré le premier pavillon national de la République démocratique du Congo à la Biennale de Venise, l’une des plus prestigieuses manifestations d’art contemporain au monde. Neuf artistes du territoire et de la diaspora y représentent le pays. Pour une nation longtemps regardée à travers ses seules ressources minières, entrer dans ce cercle par la création plutôt que par le minerai n’est pas un détail. C’est un changement de récit.

Sa conviction dépasse d’ailleurs la capitale. Yolande Elebe défend une décentralisation culturelle, une culture qui vive dans les territoires autant qu’à Kinshasa, à Goma, à Lubumbashi, à Moanda, à Kolwezi comme ailleurs. Pour elle, le patrimoine n’est pas une vitrine que l’on protège, c’est une pratique que l’on entretient et que l’on fait circuler. Une définition qui rejoint, presque mot pour mot, l’idée d’un patrimoine vivant.

Il y a une cohérence dans tout cela. Une écrivaine sait qu’un livre ne vaut que s’il est lu après elle, transmis, prolongé. Un patrimoine obéit à la même règle. Qu’il s’agisse d’un théâtre que l’on rénove ou d’un pavillon que l’on ouvre à Venise, le geste est le même : laisser à la génération suivante quelque chose de debout, et de vivant.

Un Congo qui rayonne.

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